Retour sur la Journée Des droits des Femmes du 7 mars 2020

Femme et lesbienne, une double discrimination

(Intervention de Marie-Pierre Delattre dans le cadre de l'événement organisé par le Collectif des Droits des Femmes 66 sur le thème Les Femmes dans l'Espace Public)


Quelques chiffres

Selon le dernier rapport annuel de SOS Homophobie (concernant l’année 2018), si le nombre d’actes de haine signalés envers l’ensemble des personnes LGBT+ augmente de 15% en 2018 par rapport à 2017, l’augmentation est de de 42% concernant les lesbiennes. 365 actes ont été signalés, soit un acte lesbophobe signalé par jour.

Ces chiffres sont sans doute davantage révélateurs d’une prise de parole des lesbiennes que d’une augmentation de la lesbophobie.

En effet, à la fin de l’année 2017, les mouvements MeToo et BalanceTonPorc ont initié la dénonciation d’actes de harcèlements et de violences envers les femmes, révélant l’ampleur de situations jusque-là minimisées. Les témoignages de lesbiennes s’inscrivent donc assurément dans cette vague revendicative.

Selon une enquête approfondie de SOS Homophobie en 2015 auprès de plus de 7000 lesbiennes, ces actes lesbophobes se déroulent principalement dans l’espace public (47 %), au sein de la famille (14 %) et au travail (11 %).

Lesbiennes dans l’espace public

Deux études éclairent cette question des lesbiennes dans l’espace public : celle de SOS Homophobie de 2015 et une enquête « Ville et LGBTI-phobie » réalisée en 2019 par l’Université de Bordeaux sur la commune de Bordeaux auprès de plus de 1000 personnes.

L’expérience urbaine des femmes est, nous le savons, bien plus dégradée que celle des hommes, mais l’homophobie vient amplifier cette insécurité vécue.

Cette « double peine » vécue par les lesbiennes est augmentée lorsque l’identité de genre de la personne, son apparence, ne correspondent pas aux attentes sociales du genre féminin. Pour le dire plus nettement, les lesbiennes jugées « masculines » sont la cible d’un plus grand nombre d’insultes, selon les témoignages recueillis.

Les lesbiennes ont appris à contrôler en partie leur visibilité par la parole (elles choisissent à qui elles font part de leur orientation sexuelle). Mais ce contrôle n’est plus possible dans la visibilité par les gestes, le look et l’engagement associatif et culturel. Nous ne pouvons pas décider qui sera dans la rue pour observer notre coupe de cheveux courte, s’apercevoir que l’on tient la main à notre petite amie ou nous surprendre quand on sort d’un bar lesbien. La seule façon de contrôler ces moments-là est alors de se forcer à garder des cheveux plus longs, de s’empêcher de prendre la main de notre partenaire et de ne pas fréquenter les lieux lesbiens.

Il est bien évident que la longueur des cheveux ne dit rien de l’orientation sexuelle !!! Mais toutes les femmes ont le droit d’avoir l’apparence qu’elles souhaitent…

En somme, contrôler notre visibilité par peur des réactions hostiles revient à être invisible. Force est de constater que les enquêtées les moins visibles vivent moins de lesbophobie.

Les expériences urbaines des lesbiennes sont très proches de celles de l’ensemble des femmes enquêtées, dans leur peur du viol notamment. Elles expérimentent en plus des injures « sexistes » et d’autres « homophobes » qui peuvent provenir d’hommes directement lesbophobes, comme en témoignent des couples agressés du fait de se tenir la main. Mais ces injures peuvent aussi provenir d’hommes qui se voient refuser leurs avances harcelantes : la lesbienne devient alors la figure de la femme qui se refuse aux hommes, dans un imaginaire profondément hétérosexiste.

Lesbiennes dans le monde du travail

Une enquête intitulée « enquête sur la double discrimination femme et homosexuelle au travail » a été menée en 2009 par l’Autre Cercle auprès de 630 lesbiennes (cette enquête est un peu ancienne, mais je n’ai rien trouvé de plus récent, le sujet ne semble pas passionner les chercheur.ses !!!).

Voilà leur conclusion : un peu plus d’une lesbienne sur deux (52%) dit subir au moins l’une de ces deux discriminations : homophobie ou sexisme. Près d’un quart (22%) des 630 répondantes déclarent subir une double discrimination.

L’invisibilité est largement dominante : ainsi, 2 lesbiennes sur 3 qui déclarent ne pas être visibles sur leur lieu de travail, et 17% pensent que leur orientation sexuelle fait l’objet de « soupçons ».

Au vu des résultats de cette étude, on peut se demander si la plupart des femmes homosexuelles ne risquent pas d’être contraintes de faire abstraction de leur vie privée. Une simple affirmation de soi semble difficile sur son lieu de travail lorsqu’on est femme et homosexuelle.

La peur du regard des autres, la peur de ne pas avoir de perspectives de carrière, voire de perdre son emploi, ne font qu’accentuer la tendance à l’invisibilité.

La notion de « plafond de verre » pour les femmes est devenue banale, on peut affirmer maintenant que celle de « double plafond de verre » se concrétise.

Cette étude a permis de conforter l’hypothèse selon laquelle les lesbiennes subissent sexisme + homophobie et sont peu visibles, moins encore que les gays.

En conclusion,

Beaucoup reste à faire, en particulier dans les familles et l’éducation des enfants : les stéréotypes de genre ont la peau dure et alimentent le rejet des personnes LGBT+.

Les lesbiennes, doublement en butte au sexisme et à l’homophobie, doivent encore gagner le droit d’être visibles, dans l’espace public, dans le monde du travail et dans les établissements scolaires.


7 mars 2020

Marie-Pierre DELATTRE

LGBT+66

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